60 rue du Plat d’Étain
37000 Tours
Conférence de Philippe Brillet
En septembre 1845, dans le tiers oriental de l’Irlande une odeur pestilentielle commença soudain à se dégager de nombreux champs de pommes de terre. La stupeur des habitants fut d’autant plus grande qu’un tel phénomène ne s’était jamais produit, et que l’on était à la veille de la précieuse récolte annuelle. Cette dernière fut, de fait, catastrophique et la pourriture rapide de ces tubercules qui apparaissaient encore, quelques jours plus tôt, comme parfaitement sains et presque venus à maturation fut vite interprétée comme un châtiment divin pour le Péché de l’Irlande. Pour les autorités britanniques, ce dernier résidait à l’évidence dans le refus obstiné des Irlandais de se convertir tout à la fois au Protestantisme, au Progrès et à la modernité, sources combinées de cette réussite économique et impériale de l’Angleterre qui était alors sur le point d’atteindre son apogée. Pour les Irlandais eux-mêmes il ne pouvait s’agir que d’une insuffisance morale collective de leur part, même s’ils peinaient à en saisir la nature.
Pour comprendre l’ampleur de ce choc nous devrons commencer par envisager ce qu’il est convenu d’appeler le ‘système de la pomme de terre’ puis aborder les crises provoquées par son effondrement.
En conclusion nous tenterons un rapide bilan, démographique d’abord, politique ensuite, avec à court terme la lente reconstruction du pays sous la houlette renforcée de l’Eglise et, à plus long terme, la montée d’un sentiment nationaliste qui allait mener, au début du siècle suivant, à la guerre d’indépendance.